zamiensn_b

  Il avait dit en entrant dans le jardin :

— Je n'aime pas les questions, ne me posez pas de questions.

  Elle l'avait suivi en silence, marchant dans ses pas, courant presque, car il avançait à grandes enjambées, comme s'il était soudain pressé d'arriver.

  Il s'arrêta devant un banc près du bassin, l'inspecta, toucha le dossier avec le plat de la main, se baissa pour regarder dessous, passa derrière, en fit le tour et s'éloigna pour en choisir un autre un peu plus loin. Il s'assit, allongea ses jambes avec contentement, croisa ses bras sur sa poitrine, contempla les enfants qui jouaient dans le bac à sable, suivit du regard un pigeon descendu d'un grand érable dans un vol froufroutant. Il continua à échanger des œillades avec le pigeon, fouilla les poches de son grand manteau, en sortit un gâteau, jeta quelques miettes au volatile puis se désintéressa de la scène, se leva, fit quelques pas en direction d'un massif, lui fit un signe sans se retourner :

— Venez

  Elle l'avait suivi, s'était assise sur le banc près de lui, avait regardé tout ce qui intéressait l'homme, le bassin, le pigeon, les enfants, l'érable, les rayons du soleil derrière la statue de bronze.

  Elle s'était approchée de lui, presque à le toucher. Il lui montra un massif de cosmos roses et de gaillardes jaunes, des abeilles voletaient d'une fleur à l'autre, ivres et gourmandes.

  Elle allait lui prendre la main quand :

— Vous comprenez maintenant ? dit-il brusquement, sans quitter des yeux les abeilles sur les fleurs. Vous comprenez enfin que votre présence, votre tendresse, vos attentions, ne sont rien à côté de ce spectacle ? De cette vie ? De ce jardin ? Vous comprenez que je suis heureux, ici, maintenant ?

  Il la regarda enfin. Son regard était celui d'un enfant.