Henri fusillé pour lexemple

 

 

Je suis né pour être offert aux canons
j
e meurs sans honneur au poteau de la honte

sacrifié sur lautel de vos gloires de salon

de vos peurs de vos vengeances de votre haine

de votre vanité de vos médailles de pacotille
victime pour rien

à
jamais banni du cœur de mes enfants

et des enfants de leurs enfants

Jai couru dans la boue
j
ai eu peur sous les balles
j
ai eu froid
j
ai vu se fondre à
m
a belle terre blessée
e
t noire
l
es copains aux regards effacés
Coquelicots blés murs
c
hants doiseaux
j
e les ai oubliés
J
e ne sais plus à quoi ressemble la terre ou je meurs
à
quoi ressemblent une maison un lit
un ventre de femme
Avant que le grain soit sorti de la terre
o
n my couchera sans vie

Ma femme
m
enivrer une dernière fois de ton souffle de rose

mes enfants
e
ntendre vos rires
t
out chargés de clochettes
Lété qui vient
l
a douceur des longues soirées
q
uand on restait tard
en
murmures et gravité

je ne les verrai pas

Je suis déjà mort
j
e ne suis déjà plus avec vous
j
e voulais que ça sarrête
e
t ça sest arrêté
d
ans ce purgatoire aux murs suintants de froid
Le dernier parfum sera celui de la moisissure
l
a dernière image celle de mon copain qui me met en joue
la
dernière musique ne sera pas chant de merle
m
ais le vacarme stoppé net
d
e douze balles

 

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Poème publié dans La Grande Fête - Sylvie Damagnez, L'Atelier Insolite, fevrier 2017. Page 131

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