tete de raisin

Elle est là, fidèle, quand j’ouvre les volets.

Petite pyramide de roche nue, presque parfaite,

presque posée sur la crête.

La Tête du Raisin

Avec le bruit du chasse-neige dans la rue quand elle a blanchi en une nuit.

Avec son ciel rouge et le dernier merle dans le soir d’après le vent

Avec une sonate de Bach et l'aube qui allume ses crêtes une à une

Avec sa forêt de mélèzes qui roussissent en descendant la montagne

Si proche qu’on pourrait la toucher

et si loin dans le soir d’orage noir

Déployant ses bras couverts de voiles comme une mère qui protège

Ou enfermée dans la forêt de squelettes mélézins

Disparue dans le nuage de neige avec la cloche de la tour de l’horloge

Avec la pluie sur les chaises du jardin

Ou avec le feu du coucher qui rougit son abîme

Pyramide mauve sous la lune

Avec le chant du canal, le soir

Quand je ferme les volets.

***

Et si, comme Guillevic (Terre à bonheur) l'envie venait de se rappeler avec force, face au pessimisme ambiant, que la terre est faite pour que les hommes y vivent heureux ? Qu'elle est faite pour le bonheur ?