La Somme à Sailly-Laurette

 

Je suis née au pays du fleuve qui dort. Le fleuve Somme. Les romains le nommèrent Samara, rivière tranquille.

Une petite source. Quelques bulles dans le gazon. Une eau hésitante voit le jour dans un cirque de pierres au milieu des iris qui la baptisent chaque printemps. Alors la source devient ruisseau et fait ses premiers pas entre les saules têtards attentifs, qui s’écartent un peu pour laisser passer l’enfant trébuchant.

Les prés  font un berceau au ruisselet et les églises agitent leurs cloches. Elles lui donnent le tempo de sa marche et les notes de sa chanson.

Le fleuve grandit, il s’assagit, s’aligne, sculpte ses berges. Parfois, quand la plaine est trop plane, il s’attarde. Il musarde, visite, se perd un peu, revient, par ici, à travers les villages, par là, jusqu’à la cathédrale. Il offre ses bras à la ville et ses méandres embrassent des terres ancestrales de maraîchers, les hortillons. On dit que c’est l’un d’eux qui vendit un champ d’artichauts pour y construire la cathédrale.

Il repart lentement. Jalonné d'écluses, ponctué d'aqueducs, il flâne sur la plaine, se hâte sous des ponts, glisse contre des quais de granit. 

Il cherche désespérément la mer. Pour y mourir ? Pour s’y perdre plutôt, dans une baie d’eau de sable et de vent. Il étreint l'horizon et plonge dans l'infini vert de la Manche.