Ecrins de poésie

La Grande Fête

 

« Suzanne dit tout bas à Jean qu’elle avait envie que Ferdinand parle d’autre chose. De ses enfants, de son métier de menuisier. Chacun était partagé entre envie et terreur, comme un enfant qui met ses mains devant son visage et regarde entre ses doigts.

Ferdinand insistait :

Regardez ce que j’ai trouvé. »

 

Scan0011Avec douze nouvelles et six poèmes pour un récit centré sur le grand-père de lauteureLa Grande Fête nous emmène dans la Grande Guerre comme dans un « roman éclaté ». Des récits où se mêlent fiction et Histoire, avec des personnages inventés qui côtoient ceux ayant réellement existé, hauts en couleur, humanisés par lécriture. Des histoires tragiques, où le quotidien teinté parfois dhumour côtoie lhorreur de cette guerre, qui produisit une « onde de choc » encore sensible cent ans après. 

 Vous pouvez commander ce livre directement à l'auteure :

Sylvie.damagnez@cegetel.net

16B, rue Saint-Joseph

05120 L'Argentière-La Bessée

06-09-99-41-21

Au prix de 15€ + 5€ de port

Chèque à l'ordre de L'Atelier Insolite

Le livre est en vente dans les librairies des Hautes-Alpes et d'ailleurs  (cliquer ici)

 


 

 

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Du pays de Somme au pays des Ecrins

 

 

Pour écouter mon interview du 13 septembre 2013 sur Alpes1, cest ici :

: http://alpesdusud.alpes1.com/images/stories/podcast/rencontres-alpes1/rencontres-2013-09-13.mp3

 


 

"Pour la première fois depuis Gütemberg, le texte et le papier se séparent, et c'est comme si son coeur se fendait en deux." Paul Fournel. (la liseuse)

 


Du pays de Somme où je suis née, au pays des Ecrins (Hautes-Alpes)où je vis...

Ces deux régions m'enchantent également. L'écriture et la poésie, la photo, sont des supports magiques pour les sublimer et pour les chanter.

 

baie_de_somme_009

Saint-Valery-sur-Somme

 

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 La Barre des Ecrins

Voici donc quelques photos et quelques textes poétiques, envoyés dans le vent,comme on souffle dans la main...

 

 

                                                                                                               

'A Michel Machin, qui fut mon professeur au collège de Doullens et mon premier vrai lecteur.'

 


 

02 décembre 2017

Somme

La Somme à Sailly-Laurette

 

Je suis née au pays du fleuve qui dort. Le fleuve Somme. Les romains le nommèrent Samara, rivière tranquille.

Une petite source. Quelques bulles dans le gazon. Une eau hésitante voit le jour dans un cirque de pierres au milieu des iris qui la baptisent chaque printemps. Alors la source devient ruisseau et fait ses premiers pas entre les saules têtards attentifs, qui s’écartent un peu pour laisser passer l’enfant trébuchant.

Les prés  font un berceau au ruisselet et les églises agitent leurs cloches. Elles lui donnent le tempo de sa marche et les notes de sa chanson.

Le fleuve grandit, il s’assagit, s’aligne, sculpte ses berges. Parfois, quand la plaine est trop plane, il s’attarde. Il musarde, visite, se perd un peu, revient, par ici, à travers les villages, par là, jusqu’à la cathédrale. Il offre ses bras à la ville et ses méandres embrassent des terres ancestrales de maraîchers, les hortillons. On dit que c’est l’un d’eux qui vendit un champ d’artichauts pour y construire la cathédrale.

Il repart lentement. Jalonné d'écluses, ponctué d'aqueducs, il flâne sur la plaine, se hâte sous des ponts, glisse contre des quais de granit. 

Il cherche désespérément la mer. Pour y mourir ? Pour s’y perdre plutôt, dans une baie d’eau de sable et de vent. Il étreint l'horizon et plonge dans l'infini vert de la Manche.


 

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25 novembre 2017

Et si le bonheur...

tete de raisin

Elle est là, fidèle, quand j’ouvre les volets.

Petite pyramide de roche nue, presque parfaite,

presque posée sur la crête.

La Tête du Raisin

Avec le bruit du chasse-neige dans la rue quand elle a blanchi en une nuit.

Avec son ciel rouge et le dernier merle dans le soir d’après le vent

Avec une sonate de Bach et l'aube qui allume ses crêtes une à une

Avec sa forêt de mélèzes qui roussissent en descendant la montagne

Si proche qu’on pourrait la toucher

et si loin dans le soir d’orage noir

Déployant ses bras couverts de voiles comme une mère qui protège

Ou enfermée dans la forêt de squelettes mélézins

Disparue dans le nuage de neige avec la cloche de la tour de l’horloge

Avec la pluie sur les chaises du jardin

Ou avec le feu du coucher qui rougit son abîme

Pyramide mauve sous la lune

Avec le chant du canal, le soir

Quand je ferme les volets.

***

Et si, comme Guillevic (Terre à bonheur) l'envie venait de se rappeler avec force, face au pessimisme ambiant, que la terre est faite pour que les hommes y vivent heureux ? Qu'elle est faite pour le bonheur ? 

 


 

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11 novembre 2017

11 novembre 2017, la mémoire des fusillés pour l'exemple de 1917

Henri fusillé pour lexemple

 

 

Je suis né pour être offert aux canons
j
e meurs sans honneur au poteau de la honte

sacrifié sur lautel de vos gloires de salon

de vos peurs de vos vengeances de votre haine

de votre vanité de vos médailles de pacotille
victime pour rien

à
jamais banni du cœur de mes enfants

et des enfants de leurs enfants

Jai couru dans la boue
j
ai eu peur sous les balles
j
ai eu froid
j
ai vu se fondre à
m
a belle terre blessée
e
t noire
l
es copains aux regards effacés
Coquelicots blés murs
c
hants doiseaux
j
e les ai oubliés
J
e ne sais plus à quoi ressemble la terre ou je meurs
à
quoi ressemblent une maison un lit
un ventre de femme
Avant que le grain soit sorti de la terre
o
n my couchera sans vie

Ma femme
m
enivrer une dernière fois de ton souffle de rose

mes enfants
e
ntendre vos rires
t
out chargés de clochettes
Lété qui vient
l
a douceur des longues soirées
q
uand on restait tard
en
murmures et gravité

je ne les verrai pas

Je suis déjà mort
j
e ne suis déjà plus avec vous
j
e voulais que ça sarrête
e
t ça sest arrêté
d
ans ce purgatoire aux murs suintants de froid
Le dernier parfum sera celui de la moisissure
l
a dernière image celle de mon copain qui me met en joue
la
dernière musique ne sera pas chant de merle
m
ais le vacarme stoppé net
d
e douze balles

 

%%%

Poème publié dans La Grande Fête - Sylvie Damagnez, L'Atelier Insolite, fevrier 2017. Page 131

Scan0011

 

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03 novembre 2017

Cornemuse et bombarde

P1420617

 

J’ai une musique océane, cornemuse et bombarde,

J’ai un air lent comme l’océan de roc traversé

sur mon vaisseau

sur un col à la tombée du jour.

Alangui et massif, l'air venu du couchant

fait remuer les vagues rocheuses,

les creux de vallées, l’écume de neige dentelle.

Avec la lenteur mille fois millénaire

des hautes vagues qui dansent une valse chaloupée

entre des abysses d’abîmes sombres

Crêtes d’eau noire ou verte,

Immobiles et pourtant

Lentement la montagne remue ses chaînes et murmure la chanson de l’océan,

la chanson de l’île

la chanson du vent

Celle de la houle

cornemuse et bombarde

sifflement du vent dans les haubans tendus des torrents

à la tombée du jour

quand lumière et obscurité se confondent

quand roc et mer se fondent et s’enlacent

et se cachent en chantant la chanson des embruns.

 


 

 

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24 octobre 2017

A comme Automne

 

Le vent d’hier a malmené les arbres, le vent jaloux les a giflés et ce matin,

les voici comme en haillons.

Ils conservent un peu de leur superbe, un peu de leurs habits de fête.

La fête a fait long feu, les chapeaux rouges, les houppiers d’or,

virevoltent au pied des arbres habillés pour un dernier bal avant l’hiver,

explosent comme le feu qui projette ses braises allumées dans la nuit.

Et j’ai vu un essaim d’étoiles briller encore dans le soir,

j’ai vu les feuilles dans leur premier vol,

celui pour lequel elles s’étaient habillées.

Il faut bien regarder la feuille qui glisse au sol comme la robe de mariée.

Il faut la suivre jusqu’au râteau du vent d’octobre.

Car nous ne la verrons plus au ciel d’automne.

 


 

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18 octobre 2017

Pralines fraîches

 

elle croit qu’il est bassiste dans le groupe de métal avec ses potes, ceux qui se retrouvent tous les samedis au bar du midi, à côté du champ de foire et qui boivent des bières jusqu’à la fermeture, elle croit qu’il est musicien, elle croit tout ce qu’il lui dit, tout ce qu’il lui a dit pour la draguer, qu’il avait joué avec Eddy Mitchell, et aussi avec Renaud et c’est vrai qu’il est bassiste et c’est vrai qu’il joue plutôt bien, elle l’a vu à la fête de la musique l’année dernière avec ce groupe de métal, le batteur qui explose sa batterie à chaque concert, le chanteur qui hurle dans le micro et lui, torse nu avec tous ses tatouages et sa gratte entre les bras, qu’est ce qu’il est beau, elle voudrait être une guitare pour être dans ses bras avec ses doigts qui s’énervent sur elle, elle croit qu’il a gagné beaucoup d’argent quand il faisait les tournées avec les vedettes et qu’il en gagne encore quand il part plusieurs jours en concert, à Marseille, à Nantes, à Bordeaux et à Blois et elle ne sait plus où, des villes qu’elle ne connaît pas, où elle n’a jamais mis les pied, alors elle rêve, à ces villes où il fait toujours beau, où les gens sont riches et heureux, elle pense à toutes ces filles qui crient dans la salle, qui le rejoignent dans les backstages, c’est pour ça qu’il met ce chapeau gris, ce jean en cuir gris, cette chemise noire, ces santiags, qu’il l’embrasse et qu’il part en courant très tôt dans sa vieille peugeot, rejoindre le bus-tour comme il dit, avec couchettes, bar, toilettes, et une chambre individuelle pour le chanteur, qu’il revient avec cet air sombre, sans sourire, qu’il ne parle pas de la journée qui suit ; il lui a raconté tout ça le jour où ils se sont rencontrés la première fois au concert de la fête de la musique et depuis elle se demande pourquoi il sent très fort la fumée quand il rentre et pourquoi il ne ramène pas plus d’argent que ça à la maison, pourquoi il a l’air si sombre, est-ce qu’il se shoote ? elle a essayé d’en parler avec les autres musicos du groupe de métal, mais ils changent de sujet à chaque fois, ils commandent une autre bière et lui disent « t’en veux une ? » mais rien d’autre, jamais rien sur les grandes tournées à travers la France et des fois à l’étranger, rien sur les chanteurs célèbres, même pas il ramène un album, ou rarement, même pas dédicacé ; alors elle a décidé de le suivre, de loin, dans la voiture de sa copine Chantal, et là il est allé jusqu’à un hangar où il a garé sa vieille peugeot, il est entré dans le hangar et un camion blanc en est ressorti, de ceux qui servent pour vendre des trucs sur les marchés, avec une grande fenêtre sur le côté, elle l’a suivi jusqu’à Guillestre, il y avait une foire, il a garé le camion et il a ouvert la grande porte et derrière il y avait tout un tas de bazar, une pancarte avec une inscription en grand : « pralines fraîches », il a fait un feu sous une boule en fonte et il a tourné la boule toute la matinée et elle, elle le regardait de pas trop loin, il était agité, énervé, pas cool quand une femme a voulu faire une photo de cette drôle de boule d’où sortait de la fumée, il a dit « non, pas de photos » elle a dit « pourquoi ? » et lui, « trop long à expliquer, j’ai pas le temps »

*

 

P1420514

Sur la foire de Guillestre, un homme vend des prâlines fraîches et des arachides grillées...  il fait tourner la boule en fonte au-dessus d’un feu. Arachides grillées sautent dans la boule. Son visage comme une lame de sabre est aussi sombre que la fonte. Le reste du personnage est anthracite : vêtements, peau, yeux. Quand il parle d’une voix métallique pour me dire qu’il est interdit de photographier. Je lui demande pourquoi. C’est trop long à expliquer, il n’a pas le temps… je m’éloigne, j'écris cette histoire pour répondre moi-même à la question... Il ne m'a pas interdit l'écriture.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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23 septembre 2017

Je suis

 

je suis

Je suis la bergère au pas lourd sur la roche,

qui monte encore et tutoie le ciel

Je suis la brebis au dos de mer en colère

qui s’en fout et dévore la montagne

Je suis la lune endimanchée,

comme un œil blanc dans la face du ciel noir

Je suis l’horloge qui ne rêve pas et compte les secondes de lait au pis de la vache qui dort

Je serais bien le temps qui n’existe pas, la femme de la terre lourde, la femme du ciel léger

Celle qui regarde ses pieds et celle qui s’enivre de ciel et d’air bleu.

 


 

 

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25 août 2017

Sur les toits d'Aigues-Mortes

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 Alors on visiterait Aigues-Mortes

On monterait sur les remparts.

pour voir  les toits

les tuiles brunes

qui s'endorment sous le ciel

Avec l'église Notre-Dame des Sablons

et les cloches  qui sonneraient

à toute volée 

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Entendez-vous les cloches ?

Entendez-vous les sabots des chevaux des Croisés

et la Nef qui prépare ses écoutes

déploie ses voiles,

les cris des marins

les entendez-vous ?

 

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De l'autre côté,

Il y aurait le marais de sel

et Peccius qui observerait

de sa Rome natale 

de son étang 

le rempart de pierres blondes

où se promènerait Saint-Louis

 

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 Sur le passage qui mène vers Constance

et dans la tour de la prison

entendez-vous les cris des femmes ?

Leurs petites mains

qui s'accrochent aux barreaux.

Les voyez-vous assises

dans la pénombre

la tête de côté

les mains posées sur le tissu de la robe,

inutiles mains

regard perdu

à l'horizon du marais ? 

Elles écoutent la ville qui blanchit 

sous le soleil

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Elles regardent les toits

elles  voient,

j'en suis sûre,

les beaux chevaliers qui courent

sur les pentes de tuiles.

Elles voient comme moi

des rois et des princesses

de Naples et d'Aragon

j'entends comme elles

les chants des moines de Psalmodie

qui s'envolent

par les fenêtres ouvertes

 

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au soleil qui s'écrase

Quand tout le monde dort.

Même les princes même les toits

et les rois et les moines

la ville me raconte

me chuchote

les mots qui s'en vont dans le vent 

   rejoignent l'horizon

Llhorizon bleu des voiliers blancs

devinés.

 

P1110360

 

 


 

 

 

 

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