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 La queue du serpent s'agitait sous la couronne boréale quand le ciel prit sa couleur de crépuscule : vert tendre.

Le dragon, qui venait d'avaler le petit renard et le loup tout entier, contemplait ce spectacle en fredonnant la chanson des travaux d'Hercule : douze couplets et quatre refrains en alexandrins rimés avec césure. Il était accompagné à la lyre par la belle Cassiopée, femme de Céphée. Les lézards sortaient des yeux de Cassiopée tandis que sur l'horizon, Bérénice coiffait sa longue chevelure d'où tombaient les chiens de chasse. Les chiens de chasse aboyèrent à qui ferait mieux que l'autre et le dragon se fâcha. Il frappa du pied sur la voûte céleste, ce qui fit trembler l'univers - et plus encore - et cracha une longue flamme rouge et or avec une multitude de flèches de Licorne sur les chiens qui se turent immédiatement. La lyre et la chanson se turent aussi.

Étonné, le serpent releva la tête et dit en sifflant : mais, qui a éteint la télévision ?

Le ciel fit silence. On n'entendait plus que le « chuuutt » des étoiles filantes et la lune qui faisait la planche plus loin, dans l'océan bleu marine, un doigt sur la bouche, avec les dauphins bleus et les petites étoiles rondes comme des écus d'or. La maman du petit renard glapit de désespoir dans la nuit, les arbres cessèrent de remuer leur chevelure bruissante, le ruisseau s'endormit en chantant, une brume fraîche vint couvrir de son voile bleu pâle tout ce petit monde qui frissonna d'impatience.

Le premier merle chanta trois notes timides.

Et ce fut un nouveau matin...